30.9 C
Dzaoudzi
samedi 4 décembre 2021
AccueilorangeNos lois inefficaces contre la délinquance à Mayotte

Nos lois inefficaces contre la délinquance à Mayotte

On applique à la délinquance les mêmes remèdes à Mayotte qu’en métropole, alors qu’on sort d’une culture où la sanction était très (trop) sévère. Une adaptation s’avère nécessaire.

Véhicules victimes de caillassages
Véhicules victimes de caillassages

Les véhicules qui se font caillasser presque tous les samedis soirs dans la montée de la Sogea, les cambriolages à répétition, les coups de couteau en menace, puis assénés… Si la violence est malheureusement universelle, elle n’était que marginale à Mayotte il y a encore 6 ans. L’année 2011 lui a offert une belle porte d’entrée.

En tolérant en novembre de cette année-là, que des jeunes puissent ériger des barrages à Koungou et Majicavo, en rançonnant les automobilistes sous les yeux de gendarmes qui avaient reçu l’ordre de ne pas intervenir, on a légalisé la délinquance. Que les forces de l’ordre aient été, et soient toujours, en sous-effectifs et difficilement en position de libérer durablement la route est un autre débat, les jeunes se sont sentis tout-puissants.

Mais 2011, c’est aussi l’année de la départementalisation et l’application de l’arsenal judiciaire qui va avec. La bascule avait déjà été faite, mais les jeunes autrefois souvent très durement sanctionnés par leurs parents, ou par les foundis dans les écoles coraniques, lorsqu’ils commettaient des écarts, se sont retrouvés face à des leçons de morale. Et sous le coup de “rappel à la loi” qu’ils ne comprennent pas et dont l’expression n’a aucune équivalence en shimaoré.

Punir concrètement les parents

Des jeunes plus tellement impressionnés par le tribunal
Certains ne sont plus tellement impressionnés par le tribunal

Pour la population, c’est l’incompréhension. Et il faut ne jamais avoir discuté avec les villageois pour s’en étonner. Des habitants qui sont interloqués quand ils apprennent que ceux qui se sont fait justice se retrouvent à la barre, et ne comprennent pas que pendant ce temps voleurs et caillasseurs se pavanent dans la rue.

Peu de contribution pour le délinquant ou sa famille en réparation du délit. Même si les parents sont systématiquement condamnés en solidarité avec leurs enfants, comme nous l’indiquait le procureur, les effets ne se font pas sentir, les parents étant souvent insolvables.

Car la population attend des sanctions fermes qui ne viennent pas. La saisie de télévision écran plat lorsque les parents déclarent ne pas pouvoir payer l’amende, n’est pas considérée comme une alternative pour le monde judiciaire. « Pourtant, deux ou trois exemples bien médiatisés auraient à coup sûr un impact », selon un fin connaisseur de la culture locale. Aider les parents à reprendre en main leurs enfants est aussi le rôle de la société.

Règlements de compte

Il est toujours étonnant de voir que certains domaines n’offrent aucun assouplissement apparent, quand d’autres, comme le Code du travail, sont dérogatoires par rapport à la métropole ou l’Outre-mer.

Il y a un an, le vice-recteur s’adressait aux parents en des termes de fermeté, « ne subissez pas vos enfants », en avouant ne pas hésiter lui-même à donner « une raclée aux siens ». En métropole pourtant, il aurait été critiqué pour moins que ça.

Face à l’absence de réaction, des règlements de comptes sont à craindre. Un corps a été retrouvé dans la mangrove dimanche dernier à Hajangua. Si nous sommes dans ce cas de figure, nul doute que les auteurs seront très sévèrement jugés.

Une réflexion décomplexée

Des jeunes qui trouvent dans la délinquance une logique de vie
Des jeunes qui trouvent dans la délinquance une logique de vie

Mais que propose la justice à la société ? Certains réclament des maisons de correction améliorées, avec éducation et cadre strict pour les jeunes. Quant aux travaux d’intérêt général, ils ne sont pas encore utilisés dans toutes les mairies.

Mener une réflexion sans complexe, c’est se donner une chance de stopper une partie de la délinquance, celle qui concerne les mineurs vivant au sein d’une structure familiale. On l’évalue à la moitié des délits, mais parmi les autres un référent s’est souvent engagé à les prendre en charge. Des parents éloignés qui s’engagent souvent à la légère, sans vraiment protéger, éduquer, voire nourrir ces enfants arrivés clandestinement.

Un travail d’accueil de ces mineurs en amont est naturellement la condition sine qua non pour contenir le phénomène, et le conseil départemental a récemment indiqué en avoir saisi les enjeux.

Sans réaction rapide, un phénomène risque de venir compliquer les choses : le recours aux drogues comme la chimique ou “la mangrove” (ourouva), issue de feuilles séchées, qui rend les individus incontrôlables, parce qu’ils sont prêts à tout pour ne pas être eux-mêmes.

Il n’est plus possible d’accueillir des missions parlementaires pour parler développement agricole quand les cultures sont pillées, il n’est plus possible d’écumer les salons de tourisme quand au détour d’un sentier de randonnée, les rançonneurs guettent un chombo à la main, il n’est plus possible de parler de soirée du samedi soir quand, en deux heures d’absence, les maisons se font piller, comme cela s’est passé samedi dernier à Dembéni.

Une insécurité qu’on nous a fait avaler comme un sentiment. On pourrait répondre à ceux-là, que la population a aussi le sien, le sentiment d’être délaissée.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

Anne Perzohttps://lejournaldemayotte.yt
Anne PERZO Le journal de Mayotte https://lejournaldemayotte.yt

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

Nassuf Djaïlani, Mayotte

Quand la « morsure trop vive » de Nassuf Djaïlani enfante...

0
Le célèbre poète et romancier mahorais Nassuf Djaïlani était de passage sur son île natale récemment afin de présenter au public son nouveau roman : « Cette morsure trop vive ». Récit mettant en scène deux frères dans un Chiconi chimérique (« Chiconi-sur-Mer), ce roman mêlant des aspects à la fois sociologiques, psychologiques et historiques, est également une redoutable satire des injustices inhérentes au système post-colonial français à Mayotte
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours

A Mamoudzou, un premier contrat local de santé pour rapprocher la santé préventive des...

0
Fini le chacun-pour-soi, vive la co-construction ; la prévention à la santé, à l'alimentation, la lutte contre les gîtes larvaires ou les rongeurs, la contraception et la lutte contre les addictions, sont autant de sujets relevant des communes, de l'ARS ou du Département. Avec le contrat local de Santé, Mamoudzou met les trois acteurs autour d'une même table pour gagner en efficacité dans la santé préventive. D'autres communes suivent le même chemin.

Évolution des prestations sociales : Madi Velou salue les avancées et appelle à aller...

0
C'est un des premiers à réagir aux annonces gouvernementales sur le début de rattrapage en matière de droits sociaux. Le vice président du Département chargé du social salue des avancées "qui vont dans le bon sens", mais demande des adaptations immédiates quand cela est possible
Emmanuel Macron, Elysée, François Guillotou de Kerever, Mayotte

Les maires de Mayotte d’une seule voix à l’Elysée

0
« C’est par la répétition que nous obtiendrons des réponses ». Les maires de Mayotte étaient reçus le 19 novembre par le conseiller Outre-mer d’Emmanuel Macron. Avec un enjeu : maitriser les dossiers pour se faire entendre
Gérald Darmanin, immigration, Manche, Angleterre,Mayotte,

G. Darmanin déploie l’artillerie lourde sur les côtes de la Manche pour lutter contre...

0
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin annonce ce lundi des moyens supplémentaires pour les policiers et les gendarmes afin de « lutter contre l'immigration clandestine » sur les 130km de côtes les plus proches de l’Angleterre. Qui finance l’opération. De quoi faire rêver la PAF à Mayotte...

Violences sur mineurs : la parole se libère peu à peu malgré des pressions...

0
Le 32e anniversaire de la convention internationale des droits de l'enfant était l'occasion d'un colloque au CUFR. Le recteur et le procureur y ont exposé des chiffres glaçants, sans doute en deçà de la réalité. Les échanges ont aussi permis d'exposer des éléments culturels afin de faire tomber les barrières, et accélérer la dynamique de libération de la parole, à l'oeuvre depuis plusieurs mois.