L’ARS Océan Indien fête ses 5 ans : «à Mayotte, c’est compliqué»

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Le mariage est compliqué entre les agences de santé des îles Réunion-Mayotte, mais essentiellement en raison des besoins toujours grandissants de notre territoire, face à un manque de professionnels sur place. Le directeur du CHM se veut malgré tout rassurant.

Chantal de Singly
Chantal de Singly

Regroupement en 2010 de la DASS et de l’Assurance maladie, l’Agence régionale de Santé océan Indien (ARS OI) était née dans la douleur : le personnel voyait d’un œil moyen le regroupement des politiques de santé des deux îles Réunion et Mayotte, aux niveaux de développement si éloignés.

Un challenge malgré tout réussi selon la directrice générale de l’ARS OI, Chantal de Singly : «même si le mariage reste compliqué, nous avons fait la preuve qu’il y avait un sens à développer le même projet tout en vivant sa différence.»

Depuis 5 ans, Mayotte a connu un rattrapage en équipement médical, avec une Imagerie à Résonance Magnétique (IRM), un centre de dialyse, ou encore la mise en place de transports ambulanciers privés.

En matière de prévention des maladies qui reste le premier axe de l’ARS, les deux départements ont développé un projet régional d’action alimentation-santé avec le Conseil général, l’Education nationale, la direction de l’agriculture (DAAF), parce qu’une meilleure alimentation est le meilleur remède aux maladies qui coûtent cher, comme le diabète, l’obésité ou l’insuffisance rénale. La région est d’ailleurs classée 5e en matière de prévention de dépenses de santé.

La lutte anti-vectorielle est aussi à souligner, «nous avons endigué efficacement les 500 cas de dengue qui sévissaient à Mayotte l’année dernière, notamment grâce à des renforts réunionnais».

« Faire bouger les lignes au national »

Echanges francs avec le docteur Martial Henry
Echanges francs avec le docteur Martial Henry

Enfin, la surveillance de l’eau potable avec l’implantation de 20 bornes fontaine monétiques, et les eaux de baignade des 50 plages, avec fermetures occasionnelles, « également des piscines comme Sakouli et Trévani ».

C’est surtout sur la qualité de l’offre de soin, deuxième axe de travail de l’Agence de santé, que le bilan était attendu. Et la DG n’a pas caché les difficultés, liées au territoire et à la politique menée par Paris. Sur la désertification médicale d’abord, «nous avons agi en mettant en place l’Indemnité particulière d’exercice pour les médecins hospitaliers. Mais il faut arriver à faire bouger les lignes au national».

En effet, la solution passerait par l’implantation de la part complémentaire des dépenses de santé, la CMU C, qui pourrait inciter les patients à ne plus passer par les dispensaires mais par les médecins, une mesure incitative donc à leur installation. Le président Hollande de passage à Mayotte avait annoncé qu’il y travaillait. Sa mise en place se heurte à la crainte d’appel d’air depuis les îles voisines.

« Une coopération à cœur ouvert »

Dispensaire Jacaranda
Dispensaire Jacaranda

Ce point est d’ailleurs la principale pierre d’achoppement des actions en cours : la coopération CHU-CHM qui permet à des professeurs d’université et des médecins de venir en mission à Mayotte, et qui a débouché sur la création à Mayotte du SAMU 976, reste néanmoins «compliqué», selon le mot même de Chantal de Singly, «nous n’avons pas réussi à renforcer l’offre en pédiatrie».

Avec l’afflux de population, c’est 10% d’activité supplémentaire sur 2012-2013. Or, les moyens ne suivent pas, comme le soulignait joliment le docteur Martial Henry, directeur de la Conférence de Santé Autonomie de Mayotte: «Malgré notre coopération à cœur ouvert avec le CHU de La Réunion, la charge du CHM reste très lourde, faute d’une course poursuite perpétuelle derrière la démographie. La solution ne peut être que nationale».

Le directeur du CHM, Etienne Morel, se voulait malgré tout rassurant, évoquant les recrutements en cours : « nous avons à l’hôpital 90 titulaires, mais nous commençons à recevoir des demandes à la suite de la mise en place de l’Indemnité particulière d’exercice. D’ici la fin de l’année, 200 postes devraient être pourvus, en limitant au maximum le recours aux « mercenaires », qui viennent pour 3 mois, n’ont pas de vision globale, et coûtent cher, 40.000 euros pour un seul médecin, entre le billet d’avion, les indemnités, le logement etc. »

Une maison pour la Santé

Les projections sont nombreuses sur les années à venir, avec la volonté affichée de créer une véritable Maison de Santé pluri-professionnelle qui intégrerait les médecins généralistes, infirmiers, pharmaciens, mais là encore, « c’est compliqué ». Il faut en effet coordonner ces différentes professions libérales, qui ont parfois pris des libertés avec leur propre organisation. Un Pôle de Santé, sorte de préambule au projet final, a néanmoins vu le jour à Mamoudzou, « à la pharmacie du Lagon. Car ce doit être un projet porté par les professionnels eux-mêmes ».

Sont également dans les tuyaux un Centre d’Action médico-social précoce de dépistage des troubles chez les enfants de 0 à 6 ans, l’élaboration de plans régionaux et non plus nationaux de santé, « mais aussi le travail sur la périnatalité et la prise en charge du cancer », complète la directrice de l’antenne locale de l’ARS OI, Juliette Corré.

Un médicament sur quatre délivré par un pharmacien

En 2018 sera inauguré l’hôpital de Petite Terre, «avec 50 lits pour des soins de suites et de réadaptation».

Concernant un EPAD, Etablissement pour Personne Agées dépendantes, c’est un débat qui doit prendre en compte la culture et les traditions. Le Conseil départemental est très attendu sur ce sujet avec son Schéma médico-social en cours de rédaction avec ses propres orientations, « nous devrons les faire converger avec les nôtres ».

Les médecins ne sont pas les seuls à subir la spécificité du territoire, «nos 19 pharmacies se plaignent qu’un médicament sur quatre seulement est délivré en présence d’un pharmacien», remarquait l’un d’entre eux, «il en va de la sécurité des patients»… La professionnalisation des dispensaires est en cours, lui répondait-on.

Chantal de Singly l’a rappelé : quand elle a pris les manettes tout était encore à faire, «nous avions le même calendrier vaccinale pour la grippe qu’en métropole, à la veille de leur hiver!» Les professionnels ont le regard tourné vers la politique nationale, principal remède aux maux du secteur médical à Mayotte.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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