Faible participation de l’AFD à une économie mahoraise en berne

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Au regard des autres DOM ou collectivités d’outre-mer, les financements de l’AFD à Mayotte sont maigres. En cause : le contexte économique toujours difficile, lié au manque de confiance en l’avenir.

Etienne Morel, à droite, avec les représentants de l'AFD
Etienne Morel, directeur du CHM à droite, avec les représentants de l’AFD

Sur le milliard et demi que l’AFD (Agence française de développement), chargée comme son nom l’indique d’accompagner les territoires, aura engagé en 2014 dans l’ensemble des DOM-COM, Mayotte n’a bénéficié que de 32 millions d’euros. Ce n’est pas une somme à se répartir, mais une réponse aux besoins exprimés par les collectivités locales et le secteur privé.

Au regard des 574 millions d’euros consommés par La Réunion ou 84 millions par la Guyane ou la Polynésie, c’est faible. De plus, ce sont toujours les grandes structures qui consomment.

Ainsi, le Centre hospitalier de Mayotte (CHM) aura bénéficié d’un tiers de l’apport, avec 10 millions d’euros pour financer entre autres des logements pour ses internes à l’emplacement de l’hôtel IRIS. Quelques collectivités locales, celles qui ont connu une embellie de trésorerie ont pu avoir recours aux prêts AFD, comme Chirongui, Koungou et Mamoudzou pour financer les opérations de programmes d’aménagements urbains et le conseil général.

L’AFD en attente d’investisseurs

Mahamoud Azihary avait été aidé par l'AFD pour construire son siège social (Images d'archive)
Mahamoud Azihary avait été aidé par l’AFD pour construire son siège social (Images d’archive)

Peu de projets d’envergure dans le privé, ou tout au moins, qui ont eu l’accord de la BPI (Banque publique d’investissement) créée par Ségolène Royal en remplacement des dispositifs existants, comme Oséo : « sur les 8 millions d’euros destinés au privé, la moitié est partie en crédit de court terme pour financer la commande publique, l’autre en garantie des prêts octroyés par les banques ». Les entreprises sont par ce biais accompagnées lorsqu’elles travaillent avec des donneurs d’ordre publics aux délais de paiement parfois très longs, leur évitant des tensions sur la trésorerie.

L’avenir n’est guère plus rose en 2015 avec des collectivités encore fragiles et un secteur privé hésitant. Le CHM plombé dans les emprunts toxiques, la Société Immobilière de Mayotte (SIM) toujours en attente de ses agréments fiscaux, bloqués quelque part à Bercy et EDM avec des préoccupations techniques, mais qui a fortement investi les années précédentes.

Un contexte maussade comme le résume Patrick Salles, directeur de l’Agence française de développement (AFD) de Mayotte : « la croissance de 5 à 6% pourrait faire des envieux, mais traduit une forte consommation sans forte confiance en l’avenir. Ce qui n’attire pas les investisseurs.

L’AFD a maintenant la compétence de préfinancement des subventions européennes à Mayotte qui s’adresse aux collectivités territoriales, aux établissements publics, aux sociétés à capitaux publics, aux entreprises publiques locales, aux organismes consulaires (CCI, Chambre des métiers, Chambre de l’agriculture). En sont exclues les associations, un secteur pourtant porteur à Mayotte, comme par exemple Tama.

La nouvelle équipe du conseil départemental est donc très attendue sur des signaux forts sur le social ou la régulation de la masse salariale, afin de dégager une trésorerie nécessaire aux investissements européens.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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