«On crée son entreprise pas pour éviter le chômage, mais par passion !»

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C’est le plus bel accueil que le lauréat 2014, Bacar Abdallah, pouvait faire à Catherine Barbaroux, présidente nationale de l’Adie, l’Association pour le droit à l’Initiative économique, pourvoyeur de microcrédit. Elle est pour quelques jours à Mayotte et en évoque le contexte.

Catherine Barbaroux se félicite des énergies locales
Catherine Barbaroux se félicite des énergies locales

Ce n’est pas un hasard si la présidente avait choisi pour son premier voyage ultramarin, les destinations de Mayotte et La Réunion : « les premières en terme de microcrédits. » 1 031 personnes ont été financées en 2014 à Mayotte pour un montant total de 6 millions d’euros. Un secteur en pleine croissance, « 36% en 3 ans, beaucoup plus sur La Réunion et Mayotte », explique Catherine Barbaroux dans les locaux de l’Adie Mayotte ce mardi.

Le contexte local l’explique selon elle, le microcrédit étant une alternative à la pénurie d’offres d’emploi sur un territoire à la démographie galopante. Les chiffres sont d’ailleurs rappelés par Jérôme Trinelle, directeur territorial de l’Adie : 12 000 demandeurs d’emploi en 2014 à Mayotte pour 1 500 offres.

Un partenariat a donc logiquement été envisagé avec Pôle emploi, qui s’est concrétisé ce mardi par la signature d’une convention, « qui devrait permettre de cibler les ‘quartiers prioritaires’ en privilégiant les femmes », indiquait son directeur territorial, Yann Polard. Environ 500 demandeurs d’emploi avaient d’ailleurs été orientés vers l’Adie lors de la semaine du microcrédit il y a un mois.

Des prêts presque intégralement remboursés

Hassani Soulaimana, lauréat dans la catégorie développement durable avec Aromaore
Hassani Soulaimana, lauréat dans la catégorie développement durable avec Aromaore

Cette performance régionale en micro crédits permet d’asseoir une négociation avec les banques auprès desquelles l’Adie se refinance. Les prêts proposés sont en effet de court terme (24 mois) et portent sur des petits montants, ce qui implique des taux d’intérêt qui peuvent paraître élevés entre 6,50 et 7,50%. Les banques sont donc sollicitées pour que les offres répercutées par l’Adie ne pénalisent pas le créateur d’entreprise.

Le taux de recouvrement est bon, puisqu’il avoisine les 99,2% à Mayotte, « cela tient à notre accompagnement, mais avant tout à la culture locale où la parole donnée est importante », indique la présidente de l’Adie.

Alors que de son propre aveu, l’image du micro crédit est souvent minimaliste, « un peu miteuse », de ces trois petites journées passées à Mayotte, Catherine Barbaroux retiendra le caractère des créateurs d’entreprise rencontrés, de l’auto-école à la boulangerie en passant par le menuisier : « leur énergie, la confiance et l’envie de se développer ».

Un trait qu’incarnent à merveille les deux lauréats Mahorais des concours 2014-2015 du micro-crédit catégorie Développement rural.

« Addict de l’ylang »

Monique Grimaldi, Yann Polard, Catherine Barbaroux et Jérôme Trinelle lors de la signature de la convention
Monique Grimaldi, Yann Polard, Catherine Barbaroux et Jérôme Trinelle lors de la signature de la convention

Cette année, c’est Hassani Soulaimana, pour Aromaore, qui est récompensé. Héritage paternel, il a fait de son exploitation d’ylang-ylang un commerce cosmétique, essence, lait hydratant, huile de massage… Déjà lauréat du concours Talents des BGE en 2011, son entreprise a connu une année difficile en 2014, et a pu s’en sortir grâce à l’Adie, « mais surtout par ses conseils. On pense parfois qu’on a besoin d’un apport d’argent, mais c’est avant tout dans la  tête ! », déclare Hassani Soulaimana en recevant son prix de 3000 euros.

« Ses produits sont en vente à la boutique prés de la barge, je suis une inconditionnelle, on devient addict de l’ylang ! », glissait Monique Grimaldi, directrice de la Dieccte, Direction des entreprises, du travail et de l’emploi, qui se faisait commerciale d’Aromaore pour l’occasion, « de véritables produits touristiques avec un potentiel de filière professionnelle ».

Bientôt 10 salariés

La gamme d'Aromaore
La gamme d’Aromaore

Bacar Abdallah, lauréat 2014, est présent, essentiellement pour témoigner de l’évolution spectaculaire de sa micro entreprise en un an. Maydispo valorise les déchets électriques et électroniques : réfrigérateurs, ordinateurs, télévision…. Certains sont bons pour la casse, « ils partent vers Eco systèmes », mais d’autres sont réparables, « nous les revendons sur notre site de la ZI de Longoni ». C’est du bouche à oreille, mais ça fonctionne : « j’espère recruter 10 personnes d’ici la fin de l’année car je viens de remporter des marchés publics du vice-rectorat ».

Celui qui fait également de la maintenance pour particuliers compte ouvrir un centre de formation : « nous travaillons avec les contrats AFPR, Action de formation préalable au recrutement. Après 400h de formation dans l’entreprise, nous les recruterons. » Il inaugurera officiellement le site de Longoni dans quelques mois, « on crée son entreprise pas pour éviter le chômage, mais par passion ! »

Le profil de Bacar Abdallah n’est pas exceptionnel : Bac STI en génie énergétique à La réunion, BTS en froid et climatisation à Nantes, mais il est la preuve que la volonté fait la différence.

A noter qu’il a aussi remporté le grand prix national des réseaux sociaux en 2014, pour lequel postule aussi Hassani Soulaimana. Alors, à vos claviers sur la page Facebook de l’Adie !

Un dispositif n’est pas encore en place à Mayotte où il serait d’une grande aide dans ce secteur de la création : l’Aide à la Reprise ou à la Création d’Entreprise, l’ARCE, qui permet aux demandeurs d’emploi de récupérer sous forme de capital la moitié de ses droits restants. Un axe que défendent actuellement les partenaires sociaux.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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