Plus de 260 tortues braconnées à Mayotte en 2014

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Un braconnier d’Acoua a été condamné ce vendredi 27 février 2015 à 12 mois de prison dont 9 ferme pour avoir dépecé une tortue à Acoua. Les brigades nature estiment à plus de 260 le nombre de tortues tuées illégalement sur le littoral de Mayotte l’an dernier.

Barre Chambre d'appel-tribunal de PoliceCARNET DE JUSTICE DU JDM. Depuis le 7 août 2000, les tortues vertes et imbriquées sont protégées à Mayotte par arrêté préfectoral. Notre département prenait ainsi en compte les recommandations internationales : ces tortues sont en effet inscrites à l’annexe II de la Convention de Washington qui recense les espèces menacées de disparition. «On a du mal à se rendre compte de la raréfaction des tortues en étant à Mayotte car l’île est un site très favorable pour les sites aussi bien de ponte que de reproduction», explique Loïc Thouvignon, le responsable des brigades nature.

Et pourtant, les tortues marines sont bel et bien en danger. Et à Mayotte, les détenir, les tuer ou les mettre en vente est strictement interdit. C’était l’objet du procès en comparution immédiate d’un Mahorais interpellé jeudi dernier à Acoua, une audience pendant laquelle Loïc Thouvignon était venu apporter son expertise au tribunal.

Déjà condamné 2 fois pour braconnage

A la barre, Saïd M. semble nerveux, il tremble… Mais c’est en fait le manque d’alcool qui le met dans cet état. Le prévenu consomme plus de 2 litres de Gandia par jour. Et comme il a été placé en détention provisoire, il est privé depuis plus de 24 heures de ses briques de vin rouge bas de gamme.

Au tribunal de MamoudzouLe tribunal, il connaît. Il a déjà été condamné 2 fois pour les mêmes faits de braconnage : le 5 novembre 2003 à 3 mois de prison avec sursis puis le 25 mai 2008 à un an de prison dont 6 mois ferme.
Cette fois, il s’est fait prendre jeudi dernier aux alentours de 8 heures par un agent du parc naturel marin de Mayotte à Mtsangafanu, une plage de la commune d’Acoua : il venait récupérer 8 sacs qui dégageaient une odeur caractéristique, 8 sacs remplis de la viande d’une tortue dépecée. L’inspecteur en environnement arrivé sur place ne peut que constater l’horreur : la tortue a été égorgée alors qu’elle remontait pour pondre. L’homme est interpellé et placé en garde à vue à la gendarmerie de Mtsamboro.

Braconnage sur toutes les plages accessibles

Ce n’est pas lui qui a tué l’animal, il s’est contenté de le découper mais, la plupart du temps, il travaille seul, comme il le raconte simplement à la barre. Depuis un an et demi, il braconne en moyenne deux tortues par mois et revend la viande à 10 euros le kilo. Celle de jeudi dernier pesait 29 kg. Il n’a aucun problème pour vendre la viande, les clients sont nombreux, certains lui passent même commande comme un instituteur de Mtsangadoua… ce qui est évidemment totalement interdit.

Impossible de savoir avec une absolue précision le nombre de tortues braconnées à Mayotte. Mais en établissant un comptage des carapaces récupérées, les brigades nature estiment leur nombre à un minimum de 260. «Toutes les plages et sites de pontes facilement accessibles à l’homme sont concernés», précise Loïc Thouvignon.

Tribunal TGI MamoudzouLa répression va rapidement prendre de l’ampleur

Quant à la tendance, il est encore difficile de la connaître, les données chiffrées disponibles sont trop récentes. Mais une chose est sûre, la répression va prendre de l’ampleur.
Les brigades nature, longtemps désorganisées, sont à nouveau sur le pied de guerre. Et même si les peines encourues ne sont pas énormes, le tribunal a décidé d’afficher une grande sévérité.

Le braconnier d’Acoua a été condamné à un an de prison dont 9 mois ferme avec mandat de dépôt, l’homme est donc directement parti pour Majicavo. Il devra également se plier à une mise à l’épreuve pendant 3 ans, ce qui signifie qu’à sa sortie, il sera suivi par un juge d’application des peines pendant cette période.
Il devra également verser un euro de dommages et intérêts symbolique et 300 euros de frais de justice à l’ASPAS, une association nationale de protection des espèces sauvages.

L’homme a maintenant le temps pour tenter de construire un projet professionnel : le commerce de la viande de tortue ne pourra plus être son unique source de revenus pour manger et surtout pour boire… à moins de prendre le risque de repartir pour une nouvelle année à Majicavo.
RR
Lejournaldemayotte.com

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