Le débat sur les notes à l’école concerne aussi Mayotte

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Plusieurs établissements ont organisé la remise des bulletins de notes aux parents d’élèves la semaine dernière, avant les vacances de fin d’année. A Doujani, on réfléchit à d’autres systèmes d’évaluations, plus positifs pour les élèves.

Effervescence vendredi après-midi au collège de Doujani pour la remise des bulletins de notes aux parents
Effervescence vendredi après-midi au collège de Doujani pour la remise des bulletins de notes aux parents

Le débat national sur les notes à l’école pourrait s’enrichir d’expériences mahoraises. Au collège de Doujani, le principal encourage les professeurs qui s’avancent vers d’autres méthodes d’évaluation que les simples notes qui claquent en rouge en haut des copies. «C’est un débat qui nous anime fortement et on essaie de se détacher de seules notes en travaillant sur les compétences. L’idée est de regarder ce qui va alors que si on s’en tient aux notes, on cherche ce qui ne va pas», explique Jean Alémany, le principal du plus grand collège de France avec 1915 élèves.
«Quand vous notez, vous cherchez la norme, poursuit-il. Alors qu’en travaillant sur les compétences, on fixe à l’élève des objectifs et à la fin de la séquence, on regarde si l’élève a été capable d’acquérir et de mettre en œuvre la compétence qu’on attendait de lui.»

Repenser la façon d’évaluer les élèves, cela reste malgré tout une démarche assez difficile… et cela peut apparaître un peu paradoxal d’en parler au moment les parents étaient conviés dans les collèges de Mayotte pour chercher le bulletin de notes de leurs enfants. «La note, cela reste une obligation légale, relève Jean Alémany. Mais on peut aussi noter, dans certaines matières, ces fameuses compétences plutôt que les connaissances. Ca permet mieux de sentir les progressions.»

Les tableaux d'honneur affichés à l'entrée de l'établissement
Les tableaux d’honneur affichés à l’entrée de l’établissement

«Sanctions positives» contre «mise en garde»

De la même façon, les appréciations des bulletins sont normées, elle sont de 4 ordres. On trouve 3 «sanctions positives», encouragements, compliments et félicitations et une «mise en garde». «Nous n’hésitons pas à encourager un élève qui a huit de moyenne si on pense qu’il fait des efforts et qu’il peut encore progresser. De la même façon, les mises en garde, pour le travail ou le comportement, peuvent être donnés à des élèves dont on pense qu’ils sont en train de saborder leur scolarité même s’ils ont de bonnes notes.»

A Doujani, comme dans beaucoup d’établissements, le bulletin de note de fin de trimestre est l’occasion de faire venir les parents dans l’établissement, pour que les enseignants partagent leurs commentaires, mais aussi pour renforcer les liens qui sont parfois distants avec les adultes. Là encore, le collège de Jean Alémany fait figure d’exception avec 86% de présence des parents. «On a beaucoup de chance. Dans notre établissement, les parents sont de véritables partenaires. L’an dernier, on avait 5 ou 6 parents impliqués. Cette année, quand l’association nous demande une salle pour se réunir, ils sont 30 ou 40 à chaque fois. Ils se sont vraiment structurés».

Des parents de plus en plus partie prenante de la vie de l'établissement
Des parents de plus en plus partie prenante de la vie de l’établissement

Valoriser les élèves et les parents

Comme pour les élèves, l’établissement a fait le choix de valoriser les adultes et de leur donner des missions particulières comme par exemple pour le dispositif «parent dans la classe». Lorsqu’une des 73 classes de l’établissement pose un problème, un des parents d’élèves vient assister à une heure de cours en s’installant au fond de la classe. «Au début, je n’y croyais pas mais ça marche vraiment, note Jean Alémany. Ca replace le parent dans son autorité, l’élève à sa place d’enfant et le prof dans ses missions. On sait, à chaque fois, qu’on a une heure de cours qui se passe très bien et surtout la semaine entière qui suit l’opération qui se passe très bien, elle-aussi.»

Et si on interroge le principal sur le tableau d’honneur qui s’affiche à l’entrée de l’établissement, il vous explique, évidemment, qu’il est, encore et toujours, question de valoriser. «On affiche les 10 meilleurs élèves de chaque niveau mais on ne stigmatise pas les mauvais. Un tableau d’honneur, ce n’est pas un classement.»

Toutes ces démarches relèvent donc de la même logique : positionner l’élève pour qu’il réussisse sa scolarité. «Ici, c’est important… peut-être plus qu’ailleurs», relève Jean Alémany.
Une chose est sure, les semaines qui viennent seront sans notes. Les vacances de fin d’année ont bel et bien commencé.
RR
Le Journal de Mayotte

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