Noyade à la piscine Koropa: le procès, 5 ans après

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CARNET DE JUSTICE DU JDM. Tranquillement assises dans la salle d’audience, les deux femmes ont tenu courageusement pendant près de 4 heures à l’écoute des questions de la procureure et des magistrats, des explications des prévenus et de leurs quatre avocats. Pendant 4 heures, la mère et la tante de la jeune victime sont restées stoïques et puis la colère a éclaté et un flot d’émotion s’est déversé dans la salle du tribunal correctionnel.

Salle d'audience A la barreLa plaidoirie de Me Larifou, sous-entendant la responsabilité de la famille dans le décès de l’enfant pour mieux dédouaner son client, a été le moment de trop, insupportable à entendre.

Pendant ces 4 heures, elles ont donc écouté les trois hommes à la barre du tribunal ce mercredi matin. Ils sont venus répondre d’une affaire qui avait ému beaucoup de monde, il y a 5 ans. Le 30 mai 2009, une petite fille, âgée de 11 ans, était retrouvée morte dans la piscine Koropa aux alentours de 15 heures.

Une longue série de négligences

Les deux frères, membres de la famille qui possède le complexe, et le maître-nageur sauveteur (MNS) devaient s’expliquer sur les circonstances qui ont conduit à cet événement dramatique, dans un lieu bien connu et très fréquenté de notre département. La société Koropa est également poursuivie.

On leur reproche toute une série de négligences : laisser un accès libre au bassin principal permettant aux enfants ne sachant pas nager de s’y baigner, ne pas signaler les profondeurs, l’absence de dispositif de surveillance constante des bassins, pas de poste de surveillance adapté à la configuration dangereuse du bassin principal, avoir confié la surveillance des bassins à un maître-nageur non salarié et ne pas avoir fermé l’établissement en l’absence du maître-nageur titulaire… La liste est longue et le tribunal va prendre le temps de s’approprier l’histoire.

Une rupture de profondeur brutale

A 10 heures, malgré l’absence du maître-nageur officiel, la piscine ouvre donc ses portes. La surveillance est confiée à un MNS bien connu qui donnait un cours avant l’ouverture de l’établissement au public.

Salle d'audience du TGI de MamoudzouAu milieu du bassin, un ponton a été installé en prévision d’un événement. Deux lignes d’eau sont organisées de chaque côté.
Le petit bassin est réservé aux enfants de moins de 5 ans. A 11ans, la victime n’y a pas accès mais sa tante qui l’accompagne lui interdit d’aller dans le grand bassin.
Car dans cette piscine-là, une fois descendu les quelques marches, les baigneurs se retrouvent dans 87 cm d’eau avant une rupture de profondeur brutale. On passe d’un coup à 1,9m de fond, sans que cela soit signalé. Un enfant n’a alors brutalement plus pied.

Pas d’autopsie, la défense en profite

Vers 15h, le maître-nageur s’assoit à une table du bar situé à côté du bassin. C’est son point de surveillance. Un ami lui commande un café lorsqu’une petite fille de 10 ans vient donner l’alerte. Le maître-nageur se précipite mais ni lui, ni les secours qui arrivent ne parviendront à réanimer la petite victime.

De quoi est morte la jeune fille ? Le médecin urgentiste et les pompiers qui interviennent décrivent les signes caractéristiques de la noyade. Pour autant, aucune autopsie ne sera pratiquée, les magistrats évoquant le côté très sensible de la pratique des autopsies à Mayotte et particulièrement sur les enfants… de quoi ouvrir un boulevard à la défense.

«Nous sommes en plein télescopage des lois de la République et des particularismes locaux. Dans ce genre de cas, on pratique toujours une autopsie, relève Me Jérôme Cardach, l’avocat du maître-nageur. On parle des responsabilités pénales sans connaître formellement la cause à l’origine de l’homicide involontaire !»
Le caractère «trop» silencieux de cette noyade, la possibilité d’une hydrocution… tous les scénarios possibles seront détaillés.

Les doutes sur la cause de la mort

Douter des causes de la mort, remettre en question les avis des experts ou le travail de l’instruction, le choix des avocats de la défense choque Me Chauvin, l’avocat de la famille. «On n’est pas là pour dire que la piscine Koropa dysfonctionne complètement, on est là pour établir les fautes qui ont été commises ce jour-là», rappelle-t-il.

Salle d'audience code pénalUn seul maître-nageur pour assurer la surveillance d’une journée complète, est-ce suffisant ? La vigilance peut-elle être continue pendant une journée de 9 heures de la part d’un seul homme ? «Il n’y a pas eu d’économie sur le poste de surveillance», affirme Me Vincent Trequattrini, l’avocat du gérant.
L’absence de brassards ou le défaut de surveillance de sa tante sera également évoqué provoquant la colère de la famille.

Un angle mort

Il y a enfin la question du poste d’observation : de la table du café, y a-t-il un angle mort qui empêche de voir la zone où l’enfant est morte ? Là encore, débat. «Il y avait 6 enfants dans la piscine. De mon emplacement, je voyais tout», dit le maître-nageur. «Comment expliquez-vous ne pas avoir vu» la mort de l’enfant, demande la procureure ?

Au final, le parquet va demander qu’une «faute extrêmement grave» soit retenue à l’encontre du maître-nageur. La procureure demande 3 mois de prison avec sursis et 5.000€ d’amende. Elle réclame également 5.000 euros d’amende contre le gérant. Et ce sont 20.000€ qui sont requis contre la société, assortis en partie d’un sursis ainsi qu’une obligation d’affichage.

«Mon article du code pénal préféré est celui qui explique que le doute doit profiter au prévenu», concluait Me Andjilani. Nous saurons si l’armada d’avocats de la défense a su semer le doute, le 3 décembre prochain, date à laquelle la décision a été mise en délibéré.
RR
Le journal de Mayotte

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