25.9 C
Dzaoudzi
mercredi 1 décembre 2021
AccueilSociétéLe député Aboubacar demande une administration cadiale

Le député Aboubacar demande une administration cadiale

Appliquer les lois qui viennent tout droit de la République sur un territoire aux multiples spécificités n’est pas chose facile et il y a une incompréhension entre les Mahorais et les institutions françaises. Officialiser le rôle des cadis pourrait aider.

Mohamed Nassur El Mamouni est chargé de l'avenir de la justice cadiale. Ici, lors d'un décryptage du procès de la tête de cochon
Mohamed Nassur El Mamouni est chargé de l’avenir de la justice cadiale. Ici, lors d’un décryptage du procès de la tête de cochon

Alors que se déroulent les ateliers qui vont écrire ce que sera Mayotte 2025, le député Ibrahim Aboubacar, qui vient de boucler le sien par l’élaboration d’un calendrier de rattrapage, avait invité le professeur de français et chercheur en anthropologie Mlaili Condro à se pencher sur le big bang original du rattachement de Mayotte à la France : la compatibilité de Mayotte avec le droit commun que le chercheur traduisait en question, « les institutions auxquelles nous nous référons sont-elles justes ?

« Permettent-elles un bien être aux individus ? », se demandait Mlaili Condro. Mais en prenant le problème sous cet angle, il traduisait déjà un changement d’unité de mesure : veut-on évaluer le niveau de développement économique ou la recherche du bien être, du « vivre ensemble ».

Le chercheur partait alors de l’approche de l’économiste indien Amartya Sen, prix Nobel d’économie en 1998, qui a développé l’Indice de Développement Humain. « Il a pour mérite de partir des préoccupations de la population pour vérifier l’opportunité des institutions ».

Un « oui » librement consenti ?

Pour le chercheur, il n’est pas question de parler de spécificités mahoraises si on n’en fait rien, « mais parler du droit commun par rapport aux femmes sans regarder ce qui dit l’islam dans ce domaine serait une erreur ».

Les Mahorais manifestent parfois un rejet de l’approche institutionnelle « dont ils ne voient pas clairement le bénéfice, en terme de frein à l’immigration notamment, mais pour s’exprimer, ils utilisent malgré tout ces institutions. Et la réponse de l’Etat est invariablement, « vous avez répondu ‘oui’ au référendum » », ce que Mlaili Condro traduit par « une adhésion à la fiction du contrat social », à la mode de Rousseau… « Alors qu’il vaut mieux comprendre le droit avant même de l’appliquer, les Mahorais ne comprennent toujours pas ces institutions ».

Finalement, l’extension du droit commun aurait eu besoin d’une « traduction », que la population n’a pas eu faute d’élus formés : « le traducteur doit être biculturel, connaître les différents modes de fonctionnement, avoir un discours construit. »

Première étude d’impact pour les Outre-Mer

Les cadis étaient intervenus lors des discussions sur les rites funéraires
Les cadis étaient intervenus lors des discussions sur les rites funéraires

Le député Ibrahim Aboubacar apportait sa caution à cette analyse : « lors du Pacte pour la départementalisation, l’Etat a mené ses travaux de son côté, nous du nôtre, et il n’y a eu aucune étude d’impact de la loi sur la départementalisation en 2011. » Un constat que partagent les conclusions du premier rapport de la Commission nationale d’impact des politiques publiques de l’Etat en Outre-mer, dont Ibrahim Aboubacar fut le rapporteur, et qui a été remis la semaine dernière.

En tant que député, il ne pouvait que nuancer la démonstration de Mlaili Condro, « il faut différencier les défauts propres à Mayotte et ceux liés aux institutions ». Et en donne une réponse magistrale en se basant sur la Constitution : « il y est dit que les collectivités peuvent proposer des habilitations. J’en demande donc une pour mettre en place une administration cadiale, dans la limite où ça ne gêne pas le droit commun ».

Magistrat musulman remplissant les fonctions civiles, judiciaire et religieuses, les cadis ont été remplacé, notamment, par les institutions judiciaires en quelques années. Les Mahorais se sont appropriés ces nouveaux outils qui leur proposaient de régler leurs litiges, souvent avec des avantages financiers, mais sans les comprendre, et en renforçant l’individualisme, là où le cadi proposait des solutions concertées.

Alors que la Martinique et la Guadeloupe ont utilisé ces habilitations pour les transports et le logement, implanter une administration cadiale au sein d’une collectivité française serait une grande première, et sans doute la preuve que le pays sait regarder la culture ultramarine sans œillère.

La proposition a été faite la semaine dernière par Ibrahim Aboubacar à la Préfecture et au Conseil général.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

 

Anne Perzohttps://lejournaldemayotte.yt
Anne PERZO Le journal de Mayotte https://lejournaldemayotte.yt

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

Sea Shepherd, Naturalistes, Mayotte, tortues

Les Naturalistes recadrent Sea Shepherd sur la protection des tortues

0
Sea Shepherd mis au banc des accusés par l'association les Naturalistes sur la prétendue découverte d'un charnier de tortues marines sur leur bivouac, là où il ne s'agirait que de leur regroupement d'ossements à visée pédagogique illustrant le braconnage
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours
Emmanuel Macron, Elysée, François Guillotou de Kerever, Mayotte

Les maires de Mayotte d’une seule voix à l’Elysée

0
« C’est par la répétition que nous obtiendrons des réponses ». Les maires de Mayotte étaient reçus le 19 novembre par le conseiller Outre-mer d’Emmanuel Macron. Avec un enjeu : maitriser les dossiers pour se faire entendre
Gérald Darmanin, immigration, Manche, Angleterre,Mayotte,

G. Darmanin déploie l’artillerie lourde sur les côtes de la Manche pour lutter contre...

0
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin annonce ce lundi des moyens supplémentaires pour les policiers et les gendarmes afin de « lutter contre l'immigration clandestine » sur les 130km de côtes les plus proches de l’Angleterre. Qui finance l’opération. De quoi faire rêver la PAF à Mayotte...

Violences sur mineurs : la parole se libère peu à peu malgré des pressions...

0
Le 32e anniversaire de la convention internationale des droits de l'enfant était l'occasion d'un colloque au CUFR. Le recteur et le procureur y ont exposé des chiffres glaçants, sans doute en deçà de la réalité. Les échanges ont aussi permis d'exposer des éléments culturels afin de faire tomber les barrières, et accélérer la dynamique de libération de la parole, à l'oeuvre depuis plusieurs mois.

L’ancienne maire de Chirongui condamnée pour diffamation

0
Dans un discours de campagne en juin dernier, Roukia Lahadji avait accusé le chef de la police municipale de Chirongui de violences ayant pour but d'intimider les électeurs. Ces propos ont été reconnus diffamatoires, mais la justice l'a blanchie du caractère racial de ces accusations, conduisant à une peine tout à fait symbolique à l'issue d'un procès teinté de politique.
Frédérique Vidal, Mayotte

Arrivée ce jeudi de la ministre de l’Enseignement supérieur à Mayotte

0
Frédérique Vidal sera à Mayotte ces jeudi 18 et vendredi 19 novembre 2021. Professeur des universités, la ministre nommée en mai 2017 sera accueillie par le recteur et chancelier des universités Gilles Halbout. Sa visite tournera autour du CUFR et des thèses de recherches sur les milieux marins et du volcan