Maires et chefs d’établissement : les quatre vérités

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Un séminaire qui a réussi, pour sa première, le tour de force de mettre les enjeux de l’école au centre d’échanges entre les représentants de l’éducation nationale et les maires fraichement élus.

Ali Madi Mcolo et Ouarda Roubi-Gonnot pour parler de Koungou
Ali Madi Mcolo et Ouarda Roubi-Gonnot pour parler de Koungou

Le dialogue était dense, parfois tendu… c’est que le ressenti était fort, de part et d’autre : reproche de ne jamais avoir d’interlocuteur réactif en mairie du côté des représentants de l’Education nationale, sentiment d’être dépassé par les évènements sans pouvoir anticiper pour les services communaux. C’est la première fois que ce dialogue s’instaurait, et tous en ressortaient déterminés.

Une journée de dialogues, c’est ce que le vice recteur François Coux avait réservé aux maires et aux chefs d’établissement scolaire des premier et second degrés et aux Inspecteurs de l’Education nationale.

Insécurité aux abords des établissements, état des routes, manque de plateaux sportifs et ramassage des ordures étaient les revendications le plus communément portées par les proviseurs et principaux, alors que les écoles maternelles et primaires dépendent étroitement de la mairie pour leur fonctionnement interne : entretien, manuels scolaires etc.

La matinée était consacrée à des exposés sur le système éducatif à Mayotte, le fonctionnement des écoles, les rythmes scolaires et ses enjeux et l’éducation prioritaire. 16 communes sur 17 (manquait Ouangani) étaient présentes ou représentées au cours de la journée.

Et ce n’est véritablement dans l’après-midi que les maires ou leurs adjoints ont pu échanger avec les personnes en charge de l’éducation dans leur commune. Car ils n’ont pas fait que recevoir des doléances.

Etre écouté quand les toilettes sont bouchés…

Ahamadi Daroussi, Lucie Andriamanoharisoa aux côtés de François Coux
Ahamadi Daroussi, Lucie Andriamanoharisoa aux côtés de François Coux

Si les attentes du secondaires sont ciblées sur les infrastructures, dans le primaire, et surtout hors Mamoudzou, tout est plus compliqué : « quand les toilettes sont obstrués comme ce matin à Koungou plateau, vos services doivent être réactifs, car nous n’avons pu scolariser les élèves ! » indiquait au DRH de la mairie Ali Madi Mcolo, Eric Durand, l’inspecteur de Koungou. « Un laxisme qui donne une image négative des écoles de la commune » déplorait Ouarda Roubi-Gonnot, principale du collège de Koungou, « nous avons besoin d’avoir un interlocuteur, même si vous ne pensez pas pouvoir répondre favorablement à nos sollicitations. Il n’y a rien de pire que la politique de la chaise vide ».

Le maire de Koungou ne s’était pas déplacé, c’est donc un cadre qui défendait les positions de la mairie, « j’aurais préféré qu’il soit présent pour entendre tout ça » regrettait Ali Madi Mcolo qui a pu néanmoins faire entendre sa voix : « nous déplorons des vols de produits d’entretien, des détournements de commandes qui s’avèrent manquantes alors que le chef d’établissement a bien signé le bon de livraison ! ». Auparavant, chacun se renvoyait la balle dans son coin… «  30 à 50% de ce qui est commandé nous est livré ! » s’exclamait un chef d’établissement. Un échange fructueux s’en est suivi avec une décision : un contrôle sera effectué en collaboration avec l’inspecteur, au moins sur les fournitures scolaires.

Nous étions abandonné !

Mouslim Abdourahamane: "c'était du concret!"
Mouslim Abdourahamane: « c’était du concret! »

Le maire est un élu de proximité et doit servir de lien, encore plus à Mayotte qu’ailleurs, entre l’école et les familles souvent démunies : à Tsoundzou par exemple, la collaboration existe, « nous intervenons sur des familles dites « à risque » et la collaboration avec les élus qui les connaissent nous est précieuse et doit encore s’améliorer pour résoudre les problèmes de quartier ».

Le lien se fait habituellement à travers la présence de deux représentants de la commune au Conseil d’administration des établissements, « nous n’en avons pas » déplore Alain Berna, Lycée professionnel de Kawéni, qui lançait une charge contre la mairie de Mamoudzou : « nous nous sommes sentis abandonnés par la précédente équipe municipale ! Vous voulez des constructions scolaires, mais les infrastructures, routes ou éclairages publics ne suivent pas ! ».

Ahamadi Daroussi, directeur de la Caisse des écoles à la mairie du chef lieu, était accompagné de l’adjointe au maire Lucie Andriamanoharisoa, « nous avons mis en place des médiateurs aux abords des établissements grâce à l’aide de la préfecture et du CLSPD, mais la délinquance s’est déplacée vers la rue. Nous devons mettre en place un « pôle spécial » second degré à la mairie car nous réagissons le plus souvent, sans avoir anticipé ».

Les avis étaient unanimes, « super ! des échanges à faire évoluer » du côté de Koungou, « c’est la première fois que nous travaillons ensemble ! » pour Mamoudzou, « nous avons perçu la réalité des chefs d’établissement » indiquait le nouveau maire de Bouéni, Mouslim  Abdourahamane qui regrettait toutefois l’absence d’animateur. Un manque de structuration dans les échanges qui ne l’a pas empêché de tracer ses pistes de travail, « la salubrité et les relations entre la municipalité et l’inspection académique ».

La journée se terminait avec un échange des élus avec des associations centrées sur l’éducation et des délégués de parents d’élèves.

Une seconde édition, plus fréquente qu’annuelle, était appelée des vœux de tous.

Anne Perzo-Lafond

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