29.9 C
Dzaoudzi
vendredi 21 janvier 2022
AccueilEconomieDu charbon de Mayotte : écolo et légal

Du charbon de Mayotte : écolo et légal

Frédéric Fischer est le co-fondateur de la seule entreprise de charbonnage de Mayotte. Mais fabriquer du charbon de bois localement et légalement, c’est encore un défi.

Madi remplit des sacs de charbon de bois
Madi remplit des sacs de charbon de bois

Au fond de la scierie de Coconi, la cheminée de la cuve fume doucettement. Madi vient de remettre du combustible pour préparer une nouvelle «fournée». Ici, on ne cuit pas de petits pains mais du bois que l’on transforme en charbon.
«On remplit une cuve de bois que l’on fait chauffer à haute température, explique Frédéric Fischer, à l’origine de ce projet. La cuisson dure une journée et pour savoir quand le charbon est prêt, il suffit d’observer la cheminée. Quand il n’y a plus de vapeur d’eau, c’est du méthane qui s’échappe, le processus est achevé».
Les cuves doivent alors refroidir pendant deux à trois jours sans être ouvertes pour éviter que le charbon s’enflamme au contact avec l’oxygène.

Une idée née de la crise

Frédéric Fischer a créé cette société avec un associé mahorais début 2012. C’est un bébé du mouvement social contre la vie chère. Lors du blocage de l’île, Frédéric était à la recherche de charbon et s’était rendu compte que la production locale était au point mort. Quelques essais et de nombreuses démarches plus tard, la société s’installe à Coconi. La proximité de la scierie s’imposait comme une évidence : un four était déjà en place et la matière première, les déchets de bois, y étaient, a priori, en masse. Madi devient le premier et à ce jour, le seul salarié de l’entreprise.
Le Conseil général, propriétaire des lieux, accueille la jeune société qui démarre en fanfare : 50 tonnes de bois traitées et 12 tonnes de charbon fabriquées durant les premiers mois.
Mais en 2013, les problèmes s’accumulent, en particulier du côté des cuves qui se percent. Les conditions climatiques sont loin de favoriser leur durée de vie.

Madi aliment le foyer du four
Madi aliment le foyer du four

De nouveaux fours sont commandés en Chine mais avant de les faire voyager jusqu’à Mayotte, Frédéric souhaite faire déménager la structure. Il vise un emplacement à Dzoumogné, à côté de l’ISDND, la décharge de déchets ultimes dont l’ouverture est annoncée pour le 16 juin. Là encore, le Conseil général et de nombreux autres partenaires devraient aider.

Ecologique et légal

L’activité est écologique à plus d’un titre. D’abord parce qu’elle utilise de nombreux déchets de bois produit par les entreprises du département. Le manguier ou le bois noir, issus de chantiers de construction ou d’élagages, sont transformés en charbon. Le bois d’emballage ou les palettes sont utilisés comme combustibles pour faire chauffer les fours.
La société de Frédéric Fischer fabrique aussi du charbon à partir de petites chutes de tous types de bois. Ces morceaux sont compressés pour en faire des buchettes, elles-aussi, carbonisées.

Frédéric Fischer devant le four
Frédéric Fischer devant le four

Pour se développer, l’activité doit aussi affronter de nombreux comportements illégaux. Il y a, bien sûr, le charbonnage sauvage pratiqué dans nos montagnes dont la gendarmerie démantèle régulièrement des sites de production. Mais l’importation illégale serait aussi monnaie courante. «On sait que des containers importent du charbon de bois de Madagascar à 1 euro le sac, se lamente Frédéric Fischer. Il est interdit d’exporter du charbon de bois de Mada, mais pas d’en importer… »

Plus cher que le charbon importé

2014 devrait être l’année du redécollage. Dès que le déménagement est acté, les travaux d’installation, rapides, devraient permettre de faire décoller la production. La société vise les 45 tonnes en année pleine, de quoi exister commercialement. Des sacs et une marque repérables par les consommateurs seront alors déployés.
Chose toujours surprenante : ce charbon produit sur place ne sera pas forcément moins cher que celui importé. Mais la création d’emplois locaux dans une activité artisanale et la démarche écologique de recyclage du bois, pourraient tout de même convaincre les Mahorais de le préférer à ses concurrents étrangers.
RR

Article précédentAccident à Trévani
Article suivantDes parents déficients

2 Commentaires

Comments are closed.

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

Première ouverture d’un concours de brigadier de police municipale à Mamoudzou

139126
Le maire de Mamoudzou avait annoncé vouloir se doter de moyens humains supplémentaires en matière de police municipale pour endiguer l'insécurité. Un concours interne...
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours
RUP, Sébastien Lecornu, Mayotte, Schengen

Révision de Schengen et de la politique des RUP : « Mayotte a une carte à...

139126
Une nouvelle stratégie à l’égard des Régions Ultrapériphérique de L’Europe, dont Mayotte, est en cours d’élaboration par la Commission européenne qui la finalisera en mai 2022. Chacun était prié de défendre sa position au sein d’une stratégie commune
Projet de loi Mayotte, Sébastien Lecornu, Mayotte

Projet de loi Mayotte : le sujet se politise de plus en plus

139126
Le timing aidant avec des élections présidentielles qui se rapprochent, réduisant peu à peu le nombre de conseils des ministres susceptibles de l’examiner, le projet de loi Mayotte entame sa 2ème semaine de feuilleton du « je t’aime, moi non plus »
Mayotte, LR

Législatives : Issihaka Abdillah confirmé comme candidat LR

139126
Les candidats commencent à se mettre en ordre de marche pour les prochaines législatives qui se tiendront les dimanches 12 et 19 juin 2022. Les LR ont investi au niveau national deux candidats sur...
Mayotte, projet de loi

Projet de loi Mayotte : les maires et trois parlementaires cherchent un consensus

139126
Ils essaient de sauver les meubles. Les élus locaux et trois parlementaires appellent d’un côté le gouvernement à s’engager sur un calendrier, et de l’autre, les élus départementaux à réexaminer le projet de loi à la lumière des 85 propositions envoyées par le gouvernement. « C’est une opportunité unique pour Mayotte », clament-ils
Projet de loi, CESEM, Sébastien Lecornu, Mayotte

Le projet de loi organique a-t-il une nouvelle fois tué celui sur le développement...

139126
Deux projets de loi, l’un plombant l’autre, et un mail tardif sur 85 propositions pour développer Mayotte qui tombe la veille des débats du conseil départemental, ont jeté le trouble sur une loi pensée pour développer Mayotte. Les trois-quarts des mesures sont malgré tout applicables en cas d'ajournement du texte par le gouvernement
Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com