Sauvetage en mer : les plaisanciers appelés à financer

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Gérard Brunet s’apprête à achever son mandant à  la tête de la station mahoraise de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) sur une satisfaction : les plaisanciers vont devoir contribuer -modestement- au financement de la structure qu’il dirige et qui continue sa mue.

Le bateau de la SNSM de Mayotte lors de sa révision annuelle
Le bateau de la SNSM de Mayotte lors de sa révision annuelle

La Chambre de commerce et d’industrie de Mayotte (CCI) s’apprête à voter une contribution annuelle obligatoire pour chaque propriétaire de bateau de plaisance. Cette «taxe» ne va pas être très élevée, probablement 10 euros par embarcation, mais elle va changer la vie de la SNSM de Mayotte à laquelle elle va être affectée. «Avec un nombre de bateaux compris entre 300 et 400 à Mayotte, on arrive à une somme qui n’est pas négligeable», constate Gérard Brunet président de la station de Dzaoudzi.

Car pour la SNSM de Mayotte aussi, l’argent est le nerf de la guerre. Si la structure nationale fournit le bateau et les équipements high-tech comme les jumelles à vision nocturne, charge ensuite aux stations locales de se doter en matériel et de financer les assurances, le carburant et l’entretien. Oxygénothérapie, défibrillateur ou civière à poste ont ainsi été offerts par des sponsors. Total Mayotte permet aux sauveteurs de disposer du carburant à tout petit prix. Le reste des frais était jusqu’à présent exclusivement couvert par des dons de particuliers ou des contributions volontaires de certaines sociétés de permis bateau. Cette nouvelle «taxe» va donc assurer un petit fond de roulement aux sauveteurs.

Des interventions assurées par des bénévoles

Quant aux frais de personnels, ils ne représentent rien. Car, en France, les secours en mer sont assurés par des bénévoles. Ils sont 24 à Mayotte ce qui permet à quatre équipages de se relayer en astreinte, avec au moins un capitaine, un canotier et un nageur de bord. «Lorsque j’ai pris la présidence, il y a cinq ans, la SNSM n’assurait des missions que le week-end. On est maintenant opérationnels en continu», se félicite Gilbert. Et l’équipage ne doit pas mettre plus de 15 minutes entre le moment de l’appel de détresse et le début de l’intervention… à condition que le bateau soit opérationnel.

La SNSM de Mayotte ne dispose en effet que d’une seule embarcation qui est contrainte à des opérations de maintenance annuelles. Une immobilisation qui oblige à une réorganisation des secours disponibles. En 2012, le bateau de la SNSM s’est porté au secours d’un navire de commerce, de 10 pêcheurs, 29 plaisanciers et 184 kwassas chavirés ou à la dérive. Cette même année, les secours ont eu à déplorer 2 décès de pêcheurs, deux de plaisanciers et 29 de passagers de kwassas.

Gérard Brunet devant les futurs locaux de la station de Dzaoudzi de la SNSM
Gérard Brunet devant les futurs locaux de la station de Dzaoudzi de la SNSM

Gérard est à la SNSM depuis 34 ans, et les événements tragiques ne sont jamais devenus des moments anodins : «Quelles que soient les victimes, c’est toujours une grande tristesse et une frustration encore plus grande de ne pas ramener les personnes vivantes sur la terre ferme.»

De nouveaux locaux à retaper

«Moi, je sais pourquoi je me suis engagé. Je suis là pour aider les gens, ça a toujours été dans mes fibres. La première personne que j’ai sauvée, c’était en Métropole sur un plan d’eau, alors que j’étais adolescent. Un grand-père avait traversé la glace pensant qu’elle était assez solide pour marcher dessus. Je l’avais ramené… alors que je faisais l’école buissonnière!» Entre son engagement dans la gendarmerie maritime et son action à la SNSM, il a renoncé depuis longtemps à tenir le compte des personnes qu’il a sauvées, «mais on doit être bien au-delà de 1.000 !»

Le chantier des locaux de la SNSM de Dzaoudzi
Le chantier des locaux de la SNSM de Dzaoudzi

En plus de l’amélioration des finances, l’autre changement à venir pour la SNSM mahoraise est l’installation dans des nouveaux locaux. La structure a signé un contrat avec la préfecture qui a mis à disposition une maison désaffectée à Dzaoudzi, à rénover intégralement. «Le bâtiment était complètement recouvert par la végétation, se souvient Gilbert. Il a fallu le dégager et ensuite s’attaquer aux travaux. Le Rotary Club nous a aidés à financer les 6.000 euros de fournitures pour refaire le toit ou l’électricité, des travaux que nous avons réalisés nous-mêmes.» Une inauguration est prévue d’ici la fin du mois de juin.

Gérard Brunet doit achever son mandat en octobre. La fin d’une époque pour la SNSM de Mayotte mais surement pas la fin d’un engagement. Il incite d’ailleurs toujours d’éventuels contributeurs à se manifester.

RR