Dix parlementaires ultramarins unis contre le « mépris » Total

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Ibrahim Aboubacar

Sur le fond, le problème serait en passe d’être résolu. Mais sur la forme, Ibrahim Aboubacar et les députés ultramarins à travers lui, ne digèrent pas d’avoir été «méprisés» par le PDG de Total. Ils le dénoncent dans un communiqué commun.

Ibrahim Aboubacar
Ibrahim Aboubacar

L’altercation entre le député mahorais Ibrahim Aboubacar et Christophe de Margerie le PDG du groupe Total en audition à l’Assemblée nationale continue à faire couler de l’encre. Le tempérament fougueux du premier a eu raison de l’impassibilité du second qui a montré un piètre visage de la multinationale en menaçant de quitter Mayotte et de ne pas approvisionner les Antilles.

«Le profit n’est pas l’ennemi», se justifiait le lendemain Ibrahim Aboubacar, qui déclarait partir en guerre contre «le profit abusif, illégitime, qui se fait au détriment de populations fragilisées et maintenues dans un état de dépendance».

Les chefs d’entreprises sont en effet parfois accusés de tous les maux alors qu’ils sont d’indispensables créateurs de richesses. Et si le libéralisme a montré ses limites, les situations de concurrence sont recherchées comme un pare-feu présumé aux abus.

C’est parce que les territoires exigus que sont les Outre-mer ne pouvaient précisément s’offrir cette libre concurrence, que le prix des hydrocarbures était jusqu’alors fixé par le gouvernement. Il faut croire que cela n’a pas suffi au regard des chiffres avancés : «les bénéfices net moyens annuels de la SARA (Société anonyme de raffinerie des Antilles, ndlr) sont passés de 20 à 33 millions d’euros» de 2010 à 2013, indique Ibrahim Aboubacar dans un nouveau communiqué, en évoquant le décret Penchard de 2010 que «le PDG de Total reconnaît avoir directement négocié pour qu’il lui convienne tout à fait».

A Mayotte, c’est un taux de rentabilité financière de 22% qui était avancé et reproché à Christophe de Margerie par Ibrahim Aboubacar, et Gérard Ethève, ancien président du directoire d’Air Austral, avait jadis dénoncé un kérosène 55% plus cher à Mayotte qu’à La Réunion.

« Un PDG condescendant »

C’est pourquoi Victorin Lurel, ministre des Outre-mer a décidé d’agir sur les marges au moyen de trois décrets (départements français d’Amérique, Réunion et Mayotte), publiés le 31 décembre, et applicables après accord sur l’arrêté de méthode. La phase de négociation est en cours avec les pétroliers qui acceptent, PDG de Total en tête, une réduction de leur rémunération, «mais pas n’importe laquelle».SAMSUNG DIGITAL CAMERA

Les députés ultramarins tiennent malgré tout à faire part, dans un communiqué, de «leur indignation quant au ton employé par le PDG de Total envers les parlementaires d’outre-mer qui, tant sur le fond que sur la forme, a été ressenti comme un réel mépris». Un PDG qu’ils accusent de «condescendance» à travers «ses menaces de quitter Mayotte» et alors que «la SARA était prête en décembre à annuler un bateau de livraison de pétrole brut aux Antilles en signe de protestation».

Le communiqué, signé par neuf autres parlementaires ultramarins, dont le sénateur mahorais Thani Mohamed Soilihi, et le député Boinali Said Toumbou, mais sans les Martiniquais, conclut sur les encouragements au ministre des Outre-mer, «qui a su résister à ce chantage inacceptable et affirme plus que jamais sa volonté de faire baisser les marges des compagnies pétrolières au profit du consommateur ultramarin».

Anne Perzo-Lafond

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