Délinquance : combattre la passivité des adultes

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Le capitaine Chamassi, persuadé que les échanges de quartier restent une solution

Garder le contact avec les jeunes et poursuivre le dialogue avec les parents, c’est le but d’une réunion de quartier qui s’est tenue hier à 14h à Kawéni, à l’initiative du capitaine de Police Chaharoumani Chamassi.

Le capitaine Chamassi, persuadé que les échanges de quartier restent une solution
Le capitaine Chamassi, persuadé que les échanges de quartier restent une solution

Il y a eu dialogue hier entre plusieurs jeunes délinquants de Kawéni, des parents et la Police. Les Polices plus exactement puisque la Nationale et la Municipale étaient représentées aux côtés d’une élue de proximité et de Rama Ramlati, Politique de la ville à la mairie de Mamoudzou.

Le caillassage d’automobilistes et d’un journaliste lors des fortes pluies de mercredi dernier par une bande de jeunes sous les yeux d’adultes inactifs avait fait réagir le capitaine Chaharoumani Chamassi qui avait appelé à une rencontre d’urgence avec ces jeunes.

« Nous avons conscience qu’il faut agir. Un jour, des jeunes sont arrivés dans le quartier avec une moto volée. Mais nous craignons des représailles si nous agissons », indiquait un instituteur, également parent. « Vous devez coincer les voleurs et nous appeler », répond Chamassi, « jamais nous n’avons constaté de vengeance dans des cas de dénonciation. Les voleurs doivent prendre conscience qu’ils risquent d’être interceptés en se cachant ici ». « Ici », ce sont les alentours de la mosquée dans le quartier de Lazerevouni (la réserve). La réunion se tient à l’école primaire.

Un jeune de 17 ans prend la parole : « Nous faisons des bêtises parce que nous n’avons rien à faire ! Nous n’avons pas de travail ». Chamassi le met devant ses responsabilités, se dit certain que, même inscrit dans une association à des fins utiles, « vous ne voudrez jamais nettoyer les caniveaux. Vous avez voulu quitter l’école, mais vous voulez aussi être rémunérés que des jeunes diplômés ! ».

Le foot avec un fruit à pain quand on n’a pas de ballon, « c’était notre jeu quand nous étions petits », rappelle le policier qui compare Mayotte avec des « pays riches » : « Ils ont des infrastructures, mais n’ont pas pour autant éradiqué la violence ! ». Il interpelle : « Vous dénaturez l’image de Kawéni ! »

« Vous avez demandé la Police ? »

Un bacoco prend la parole : « Certains parents, quand on leur rapporte les faits de leurs enfants, se mettent en colère ». Une femme se plaint que devant chez elle, des jeunes se rassemblent, font du bruit, et fument une cigarette « dont l’odeur ressemble à la bombe lacrymogène ». Et de lacrymo il est bien question quand un père dit fuir certaines nuits avec ses enfants « par peur que la Police n’intervienne en envoyant ces gaz ».

La photo qui avait fait réagir
La photo qui avait fait réagir

Une Police critiquée : « Certains ont une attitude violente, nous avons peur de nous approcher d’eux ». Une heure avant la réunion, vers 13h, un jeune arrivant de l’extérieur est violemment agressé, se fait voler son portable et 20 euros sous les yeux de la médiatrice et… d’une patrouille de Police qui passait par là. « En voyant un regroupement, ils ne sont pas descendus de voiture », rapporte-t-on au capitaine Chamassi qui réagit : « C’est inadmissible ! » et nous apprend que les policiers en question seront entendus.

Ne pas hésiter à composer le 17, répète-t-il, alors que les policiers sont souvent critiqués pour ne pas se déplacer : « C’est pourquoi depuis deux mois, quatre postes sont mis à disposition de la population ».

Selon le policier, il y a eu une prise de conscience qui devra être suivie : « Nous avons demandé une réunion avec l’ensemble des jeunes et des parents de Kawéni et plusieurs intervenants ont demandé que des messages de travail en commun soient diffusés par les mosquées ».

Anne Perzo-Lafond

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