Pailles-en-queue : la bague à la patte

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Ils virevoltent majestueusement le long de nos côtes. Depuis la semaine dernière, certains d’entre eux ont un nouvel apparat : une bague. Les pailles-en-queue font l’objet d’une vaste étude qui a permis des opérations de baguages pour découvrir leurs secrets.

Un poussin Paille-en-queue
Un poussin Paille-en-queue

Une semaine sur un petit îlot tranquille. Matthieu Lecorre et son équipe ont partagé un peu du quotidien d’un petit bout de terre presque oublié à l’intérieur du lagon de Mayotte. L’îlot est suffisamment discret pour ne pas être trop abîmé par l’homme, une qualité essentielle qui lui permet d’être un petit paradis pour les pailles-en-queue mais aussi pour les spécialistes qui les étudient.
«Les pailles-en-queue sont très connus du grand public mais ils sont très peu étudiés, confie Matthieu Lecorre. On compte très peu de publications scientifiques sur l’oiseau d’où l’importance de ce projet».

Matthieu Lecorre dirige depuis deux ans une étude sur les pailles-en-queue à l’échelle de l’Océan indien : Seychelles, Madagascar, Maurice, îles Éparses… Et beaucoup reste à faire. Car s’ils sont emblématiques de l’île de La Réunion, les pailles-en-queue n’y sont pas réellement étudiés : les falaises abruptes dans lesquelles ils nichent sont trop difficiles d’accès. Du coup, Mayotte a pris une place de choix dans le programme.
Chez nous, ils se sont installés dans la falaise de Moya, sur Petite-Terre et sur certains îlots où ils nidifient dans des trous à même le sol. «L’îlot sur lequel on travaille a été dératisé l’an dernier, relève Matthieu Lecorre. Pour ces oiseaux, l’invasion de rats ou de chats est la principale menace car ils font beaucoup de dégâts sur les œufs et les poussins.»

La 8e opération de baguage

Sur l’îlot, durant la semaine passée, Matthieu Lecorre a d’abord mené une opération de baguage, la 8e depuis le début de l’étude. Il est encore le seul à Mayotte à être habilité à diriger de telles opérations avant que deux scientifiques du GEPOMAY* en cours de formation prennent la relève. L’espèce étant protégée, Matthieu a également dû obtenir des dérogations pour pouvoir les attraper, les manipuler et les baguer.

Une bague posée sur un Paille-en-queue
Une bague posée sur un Paille-en-queue

S’il sait comment approcher les oiseaux, les pailles-en-queue lui ont facilité la tâche : ils défendent farouchement tout intrus qui s’approche des œufs et des petits. «Et leur coup de bec laisse des traces !»
Les pailles-en-queue se reproduisent tous les 8 mois. C’est une des découvertes de l’étude. Autre surprise, ils ne sont pas 20 ou 25 couples comme les chercheurs le pensaient mais quasiment une centaine. Et la population pourrait croître avec la disparition des rats.

Des pailles-en-queue de Mayotte au Sri Lanka

Une fois l’oiseau en main, il est mesuré sous toutes les coutures, pesé et bagué avec des petits colliers fournis par le Muséum d’Histoire naturelle. L’oiseau porte alors un code d’identification unique qui permet aux scientifiques de suivre son évolution dans le temps. Et pour répondre à la question de ses voyages, Matthieu Lecorre a deux autres armes secrètes : le GLS** et la seringue.

La bague accrochée à la patte est équipée d’un système de géolocalisation. Il ne fonctionne pas par satellite comme le GPS mais sur des cycles jour/nuit qui permettent de calculer sa position et trahir les trajets des oiseaux. « Ça permet de savoir ce qu’ils font. Une fois qu’ils se sont reproduits, ils redeviennent migrateurs et on a découvert qu’ils peuvent aller jusqu’au sud du Sri Lanka !»

Des études génétiques inédites

Paille en queue en volMatthieu Lecorre effectue également des prélèvements sanguins sur les oiseaux pour réaliser des études génétiques des populations de la région. L’opération est inédite. Les résultats, bientôt publiés dans des revues scientifiques, permettront de connaître les échanges entre les colonies de toute la zone. Il en ressort des populations qui se croisent et se reproduisent mais aussi une exception : les pailles-en-queue de l’île française d’Europa, au sud du Canal du Mozambique. Là-bas, ils sont plus isolés, plus petits que leurs homologues indocéaniques et très différents génétiquement.

L’étude soutenue par le Parc naturel marin, le conservatoire du littoral et le GEPOMAY a trouvé des financements jusqu’à l’an prochain grâce à la DEAL de Mayotte. Les colonies de pailles-en-queue vont encore nous émerveiller en nous dévoilant un peu plus de leur vie encore méconnue.
RR

*GEPOMAY : Groupe d’étude et de protection des oiseaux de Mayotte
** GLS : Global Locating System

(Crédit photos: GEPOMAY)