28.9 C
Dzaoudzi
mercredi 19 janvier 2022
AccueilSociétéChirongui bloqué : quelles solutions au lynchage de Hugo?

Chirongui bloqué : quelles solutions au lynchage de Hugo?

Un village fait blocus autour d’un des siens, Hugo, laissé pour mort. Mais un blocus surtout dirigé contre cette délinquance qui laisse tout le monde démuni.

Quelques rondins et une planche: il fallait traverser Chirongui à pied aujourd'hui
Quelques rondins et une planche: il fallait traverser Chirongui à pied aujourd’hui

Les gendarmes, la maire, le climat social, la parentalité déficiente… les sujets à l’origine de l’indignation de la population de Chirongui sont nombreux depuis dimanche. Plus que de tension, il faut parler de ras-le-bol pour expliquer le blocage du village par des barrages, nord, sud et est. Car un jeune a été gravement blessé, “un acte de barbarie !” s’exclame Kamardine, dit «dadaï l’enfant».

Autant de personnes interrogées, autant de versions de l’histoire. Un fait : Hugo, 15 ans, scolarisé au lycée polyvalent de Chirongui, a été grièvement blessé par plusieurs coups de chombo à la cuisse et aux bras. «Ses jours ne sont cependant pas en danger», indiquait Roukia Lahadji, la maire de Chirongui.

Il sortait, avec  son ami Chafion, d’un dahira, une célébration religieuse, samedi soir à la mosquée de Poroani. Difficile de savoir s’il y a vraiment participé, mais une altercation les oppose alors à une bande de jeunes adultes, «dont un a refusé de lui serrer la main à la suite d’un mouringué (boxe) perdu quelques semaines auparavant» explique Charkia, une des femmes du village. D’autres bandes viennent en appui, «dont des dresseurs avec une meute de chiens», mais aussi un véhicule qui a blessé Chafion, et plus gravement Hugo. Ses amis partent se cacher dans la mangrove, il est 23 heures. Un des jeunes adultes va s’acharner sur Hugo, lui assénant un coup de chombo à la cuisse, d’autres aux bras alors qu’il tente de se protéger le visage.

Une maire réactive

C’est l’arrivée de deux adultes, dont un gendarme réserviste, qui va sauver Hugo en l’emmenant à l’hôpital, «on serait à son enterrement sinon». C’est aussi un village, Chirongui, qui s’exprime contre un autre, Poroani. Pour éviter que les tensions s’exacerbent, la maire, Roukia Lahadji, organise dès dimanche une réunion de conciliation à 16 heures. Elle tourne court, «les tensions étaient trop fortes» nous indique-t-elle.

Les témoignages concourent tous sur un retard de réaction des forces de l’ordre, aussitôt démentis par un communiqué de la gendarmerie : «les militaires de la brigade de M’Zouazia arrivent sur les lieux à 23h40 (l’hôpital de Mramadoudou, ndlr) soit 10 minutes après l’appel et non pas six heures comme certains tentent de le faire croire». Le gendarme qui se trouvait fortuitement sur les lieux est un des 28 réservistes que compte la gendarmerie.

Deux individus sont rapidement interpellés, à 5h30 et 10 heures le dimanche matin, «un jeune majeur et l’autre plus âgé, non connus des services de police», indique le capitaine Milliasseau et précise que “le conducteur de la voiture est identifié comme probable instigateur de cette agression grave».

Bientôt les élections municipales

"Les forces de l'ordre nous ont abandonnés" ou "Hugo, tous avec toi!" pouvait-on lire lors de la marche blanche
“Les forces de l’ordre nous ont abandonnés” ou “Hugo, tous avec toi!” pouvait-on lire lors de la marche blanche

Les habitants de Chirongui ne demandent pas du goudron et des plumes comme dans un mauvais western, et arrivent à garder raison pour la plupart : «hors de question que nous nous vengions, cela ne ferait qu’empirer les choses», indique Chicham, terminale S du lycée de Chirongui, «et nous ne voulions pas ériger de barrage, mais la maire en parlant de règlement de compte nous a énervés».

Les échanges s’enveniment un court instant entre un habitant et un automobiliste qui voudrait pouvoir circuler pour travailler : «érigez plutôt un barrage filtrant en délivrant des explications !». Le blocage des routes, bien qu’interdit, est un réflexe qui perdure…

«On ne responsabilise pas assez les jeunes dans cette commune en déficit d’associations !» s’écrie un habitant qui se défend contre l’idée de polémiques politiciennes. Pour Roukia Lahadji, le manque de moyens pèse sur les insuffisances, tout en indiquant quand même : «nous avons rénové la maison des jeunes de Poroani en y installant dix ordinateurs, la construction d’une maison des jeunes et de la culture est en cours à Miréréni, avec l’aide de l’Etat, qui nous épaule aussi sur la salle interculturelle de Chirongui, de 250 places». Une salle de cinéma sera opérationnelle «d’ici quelques semaines».

«Des années qu’on entend ça ! La mairie, par contre, est déjà bâtie !» s’écrie le jeune lycéen, qui déplore que «beaucoup d’associations se créent mais ferment quelques mois après !». Un habitant glisse que souvent les jeunes délinquants sont réinsérés grâce au GSMA.

Une marche blanche a été organisée à 11 heures ce lundi matin, rassemblant un peu moins de 200 personnes, à l’issue de laquelle les barrages ont été levés. Une assemblée de village doit se tenir en soirée.

Anne Perzo-Lafond

Anne Perzohttps://lejournaldemayotte.yt
Anne PERZO Le journal de Mayotte https://lejournaldemayotte.yt

Comments are closed.

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

Air Austral, Mayotte, La Réunion

L’Etat accorde un nouveau prêt de 20 millions d’euros à Air...

139533
Endettée à plus de 220 millions d'euros, la compagnie réunionnaise demandait depuis plusieurs mois un nouvel accompagnement de l'Etat, très présent déjà en 2020. Un bol d'air qui permet à la compagnie de "sécuriser sa trésorerie"
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours
Mayotte, projet de loi

Projet de loi Mayotte : les maires et trois parlementaires cherchent un consensus

139533
Ils essaient de sauver les meubles. Les élus locaux et trois parlementaires appellent d’un côté le gouvernement à s’engager sur un calendrier, et de l’autre, les élus départementaux à réexaminer le projet de loi à la lumière des 85 propositions envoyées par le gouvernement. « C’est une opportunité unique pour Mayotte », clament-ils
Projet de loi, CESEM, Sébastien Lecornu, Mayotte

Le projet de loi organique a-t-il une nouvelle fois tué celui sur le développement...

139533
Deux projets de loi, l’un plombant l’autre, et un mail tardif sur 85 propositions pour développer Mayotte qui tombe la veille des débats du conseil départemental, ont jeté le trouble sur une loi pensée pour développer Mayotte. Les trois-quarts des mesures sont malgré tout applicables en cas d'ajournement du texte par le gouvernement

Avis négatif sur le projet de loi Mayotte : pour le gouvernement, rien ne servait...

139533
Un timing accéléré, un déficit de concertation et dans une ambiance passionnée, voilà les ingrédients de l’avis défavorable du conseil départemental au projet de loi Mayotte

Face aux abus, le CD demande l’encadrement des prix de l’eau

139533
Cela fait déjà plusieurs semaines que l’île au lagon souffre d’une pénurie de bouteilles d’eau plate. Les rayons sont systématiquement dévalisés peu après les livraisons. Le phénomène tire son origine de plusieurs facteurs, du...

« Le compte n’y est pas » : les élus rejettent le projet de loi...

139533
C’est à la suite d’une consultation « sans précédent » des forces vives de l’île tel que l’annonce le président Ben Issa Ouseni, qu’a été prise la décision de retoquer le projet de loi...
Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com