Le voleur qui voulait se détendre

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Comme tous les mercredis, le JDM a assisté à l’audience correctionnelle au tribunal de Mamoudzou. Voici un nouveau récit de nos CARNETS DE JUSTICE.

AUDIENCE2Faïdin a vingt ans et un casier judiciaire rempli.  Trop rempli. Il totalise 13 condamnations. La première remonte à octobre 2008 pour vol aggravé. Un an s’écoule avant la seconde. Et puis le compteur s’accélère. Vols, extorsions avec violence, contrainte de signature, usage de stupéfiant… prison et travaux d’intérêt général n’arrêtent pas la spirale infernale. Et Faïdin devient majeur. Avril puis juin 2012, nouvelles condamnations pour vol.
Ce mercredi matin, il se présente devant le tribunal entouré de gendarmes : il purge actuellement une peine de 18 mois d’emprisonnement pour violence aggravée en réunion. Incarcéré depuis le mois de juin, il doit sortir en novembre 2014.
«J’essaie de me réinsérer. J’apprends à cultiver des choses», explique Faïdin. «Pour faire pousser du bangué ?» lance la présidente.

Il est à la barre pour trois nouvelles affaires. La première remonte au 11 septembre 2011. Accompagné d’un ami, mineur, il casse le cadenas de la réserve du restaurant le Maki Gourmand à Mamoudzou. C’est la caverne d’Ali Baba ! Les deux gamins repartent les bras chargés de 10kg de bœuf, avec de l’agneau, 7 poulets, 4 litres de Rhum, du Whisky, des packs de Coca, un ordinateur portable et 75 euros en espèce. «On n’a pas tout pris, ose Faïdin en guise de contrition. Il y avait beaucoup de produits.»

Se détendre après les vols de la semaine

La deuxième est encore plus rocambolesque. Fin novembre 2012, notre Faïdin sort de boite de nuit passablement éméché. Il tente de forcer une baie vitrée. «J’avais bu, j’avais fumé et en rentrant chez moi, j’ai vu un canapé sur une terrasse.» Aux policiers qui l’interrogent pendant l’enquête, il répond sans détour. Il avait besoin de ce canapé «pour se détendre le week-end après les vols qu’il commet dans la semaine».
«Dans ces deux affaires, vous avez d’abord nié, l’interpelle la présidente. Et comme il y avait vos empreintes sur les lieux, vous avez reconnu les faits. »
Troisième affaire : usage de stupéfiant. Lors d’un banal contrôle de scooter en novembre 2012, les gendarmes lui demandent de vider ses poches. Il en sort deux tubes de bangué. «De toute façon, je consomme depuis l’âge de 15 ans et je fume cinq joints par jours.» Il assume, Faïdin.

Il a connu toutes les peines imaginables

Le réquisitoire de la procureure est logiquement sévère : «Il fait partie de ces mineurs qui ont connu toutes les peines imaginables. Tout a été tenté pour essayer de faire comprendre à ce garçon qu’il y a autre chose à faire que d’entrer en délinquance».
Le dossier est mis en délibéré, lorsque la présidente appelle une quatrième affaire le concernant ! Quand il sort de Majicavo, Faïdin ne se déplace pas pour rien.

Cette fois, l’affaire a failli lui coûter bien plus que de la prison. Comme à son habitude, le 30 mai de cette année, Faïdin sort de boite parfaitement saoul. Il est 2 heures du matin. Avec un nouvel ami, également à la barre ce mercredi, il sent l’appel de la vitrine d’un magasin SFR. A l’aide d’un tournevis, il tente d’ouvrir le volet roulant mais le projet tourne court. Ils ne sont pas seuls dans la rue. Un groupe de jeunes se forme et se dirige vers eux pour les arrêter. Le complice est retenu pendant que Faïdin parvient dans un premier temps à s’enfuir. Le groupe de jeunes le remettra plus tard aux gendarmes, quasiment nu et particulièrement amoché.

« Vous avez échappé à la justice populaire » constate la présidente. Mais il n’échappe pas à celle de la République. Faïdin prend au total 14 mois de prison ferme qui se rajoutent aux peines qu’il a déjà à accomplir. Le complice écope de 3 mois de prison avec sursis et 180 heures de travail d’intérêt général.
Faïdin est reparti pour Majicavo.

RR

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