Les services sociaux en arrêt pour longue maladie

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Cela fait des années que les manquements sont dénoncés dans l’action sociale du département. Un gros problème de management en est la cause… doublé d’un sens des priorités à donner au social dans cette île d’accueil d’immigration clandestine.

Kamiloudine et Dhoimrati (à gauche et droit de la photo)
Kamiloudine et Dhoimrati (à gauche et à droite de la photo)

Les 538 salariés de la Direction de la Solidarité et du Développement social (DSDS) sont en grève illimitée depuis ce jeudi 17 octobre. Les représentants des deux syndicats UD FO et CGT Ma détaillent 9 points de revendications tournant autour de demandes salariales, mais aussi et surtout, des conditions de travail.

C’est même le premier des reproches formulés toutes branches confondues, familles d’accueil, Protection maternelle et Infantile (PMI), Aide sociale à l’enfance : « Nous ne voulons plus être méprisés, on nous a même traités de cancres ! » La plainte se répète, la grogne enfle, alors que les manifestantes -seuls un ou deux hommes sont présents- entament un tour de chauffe dans la cour du Conseil général.

Les représentants des familles d’accueil demandent notamment un accompagnement, « nous avons reçu un début de formation, mais les enfants que nous avons en charge ne sont pas suivis ». Il faut dire que du côté des éducateurs, le turn-over est important, « ils sont entre 4 et 15 » !… Ces familles accueillent les enfants qu’elles appellent, « mineurs isolés », « pour une somme avoisinant 300€, davantage si c’est un handicapé » explique Mariama, famille d’accueil depuis 9 ans et qui garde actuellement trois enfants. « Les parents expulsés reviennent, malgré tout, presque toujours les chercher une fois revenus à Mayotte ».

Un embryon de solution tué dans l’œuf

Outre un problème de personne, notamment avec la direction générale, le management est en cause : l’absence de partenariat entre la DSDS et les autres acteurs sociaux, que sont le juge des enfants, les services judiciaires en charge des mineurs, l’Education nationale ou l’Assurance maladie, avait été pointée du doigt par plusieurs salariés. Un Comité de travail était alors créé et s’est réuni en juin 2013 : « tous ces dysfonctionnements ont été listés sur plusieurs pages, mais rien n’a été fait ! On aurait pu éviter ce mouvement ! » râle Kamiloudine Djanffar, CGT Ma, en nous présentant le document.

Mohamed Elamine, DGA de la DSDS et Ali Mohamed, directeur de cabinet
Mohamed Elamine, DGA de la DSDS et Ali Mohamed, directeur de cabinet

Familles d’accueil ou salariés, tous veulent rester anonymes, « peu sont titulaires et plusieurs ont reçu des intimidations ».

Un élu de passage dans les couloirs commente : « tant que nos voyages resteront prioritaires sur les PMI, ça ne bougera pas ! Certains accusent l’Etat… ça permet de ne pas toucher à l’organisation interne… »

Une délégation des deux syndicats était reçue pendant plus d’une heure par Jacques-Martial Henry, vice-président chargé de l’action sociale, entouré du directeur de cabinet du président et du DGA Mohamed Elamine. « Ce ne sont pas des personnes décisionnaires » incriminaient Dhoimrati, UD FO et Kamiloudine Djanffar qui préfèrent attendre le retour de Daniel Zaïdani. Jacques-Martial Henry est en phase avec eux sur ce point, « le président doit d’impliquer sur ce sujet ». Un budget doit, en effet, être voté « pour mettre à disposition des moyens matériels qui font défaut, 600.000 à 800.000 euros seraient nécessaires » selon lui, « mais il faut aussi remettre à plat l’organisation de la DSDS ».

Le mouvement continue « au moins jusqu’à lundi » selon les syndicalistes, avec un rendez-vous vendredi matin à 7h30 sur la place de la République (Comité de Tourisme), « pour un tour de rond point ».

Anne Perzo-Lafond