Hell-ville est calme, la rumeur court

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"Si c'était à refaire beaucoup le referaient", conclut l'enquête

Le journaldemayotte.com a contacté un Français, habitant à proximité de Hell-Ville. Les rues étaient calmes aujourd’hui après deux jours de violence.

nosy be 1Les vacances scolaires approchent à Mayotte, Nosy Be fait partie des destinations favorites des touristes mahorais. Après deux jours de très haute tension, l’électricité est retombée dans les rues d’Hell-Ville, la capitale de la région la plus touristique de Madagascar.

 Jeudi, trois hommes ont été lynchés à mort puis immolés. Deux Français figurent parmi les victimes a confirmé aujourd’hui le Quai d’Orsay. Les émeutiers ont accusé les trois hommes de participer à un trafic d’organes, suite à la découverte d’un corps d’un jeune garçon, disparu quelques jours auparavant, en partie dépecé. « Il y a beaucoup de bruits qui courent », témoigne Paul*,  Français et résidant à proximité d’Hell-Ville, « en ville » ce matin « mais je ne suis pas du tout convaincu de cette histoire de trafic d’organes, j’entends tout et son contraire ».

Calme précaire

Paradoxalement, ce matin les rues de la capitale du district sont désertées par les forces de l’ordre, mais les stigmates des violences de la veille, eux, sont toujours présents. Les rues sont jonchées des restes de barricades calcinées.

Paul nous rapporte que plusieurs wazaha, »l’Européen » langue malgache, habitant depuis plus de 10 ans à Nosy Be craignent une reprise des violences dans les jours qui viennent. « Le temps que chacun organise sa vengeance », appuie notre témoin. Mais des violences qui ne sont pas forcément à l’endroit des Français et Européens.  « Je n’ai senti aucune agressivité en tant que wazaha », les relations avec les Malgaches que j’ai croisés étaient habituelles », témoigne sans angoisse Paul. « Aujourd’hui c’est très calme après deux jours de grosse tension […] Sur la route entre le Cratère [à 15 km du centre-ville, NDLR] et Hell-ville, il y a toujours des policiers, aujourd’hui il n’y avait personne » , rapporte-t-il.

Sans uniforme

Sur la place Dar Es Salam, théâtre de la dernière exécution de jeudi soir, seuls deux gendarmes étaient sur place. Mercredi les émeutes ont débuté par l’attaque de la gendarmerie d’Hell-Ville où était retenu l’homme tué jeudi soir. Les forces de l’ordre ont clairement été visées, ce qui pourrait laisser place à d’autres hypothèses que celles du trafic d’organes. « Les policiers et gendarmes ont enlevé leur uniforme, ils craignent pour leur sécurité », nous rapporte Paul. Des arrestations à l’encontre des émeutiers auraient déjà eu lieu.

Le trafic d’organe, ce wazaha n’y croît pas, de multiples facteurs auraient pu déclencher ces violences dans un contexte de grande pauvreté.  » La corruption à Mada, elle est partout, comme la pauvreté. Il y en a qui vendrait leur mère pour quelques Ariarys [la monnaie malgache,NDLR] », se désole Paul. L’autopsie de l’enfant retrouvé mort mercredi, à l’origine du déchaînement de violence, est en cours. Son résultat sera primordial pour infirmer ou confirmer l’hypothèse d’un trafic d’organes.

Nosy Be n’est pas à son premier moment de tension cette année. En août 2013, un complexe hôtelier italien a essuyé l’attaque d’un commando à l’arme de guerre. La charge avait fait plusieurs blessés.

A.L.

* prénom d’emprunt