Mayotte « en insécurité sanitaire » selon les médecins en grève

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Un retrait qui pourrait durer

Les médecins libéraux ont décidé d’un mouvement de retrait illimité ce lundi 30 septembre pour tirer la sonnette d’alarme des insuffisances du système de santé à Mayotte en général, et de leur fiscalité en particulier. Une situation qui engendre une gabegie financière.
Stéthoscope2Avec 31 médecins libéraux, dont 17 généralistes pour 212 000 habitants, l’île fait figure d’enfant pauvre au regard des 666 pour 200 000 habitants en métropole ! Salles d’attente surchargées, parcours de soins à méandres, manque crucial de spécialistes, le docteur Abdeli Ouadah, président du Syndicat des Médecins Libéraux de Mayotte a déjà porté ces récriminations auprès du préfet, de la directrice de l’ARS (Agence régionale de Santé) et du directeur de la Caisse de Sécurité sociale de Mayotte… « en vain! Même s’ils partagent nos préoccupations, ils ne peuvent que remonter au gouvernement ».

Une réunion syndicale a rassemblé mercredi soir à 19h les médecins libéraux, « 20 sur 31 étaient présents », pour entériner leur retrait dès lundi 30 septembre sur une durée indéterminée.  C’est une première dans l’île. « La médecine libérale meurt à petit feu à Mayotte, notamment en l’absence de convention médicale ». Elle permet en métropole et dans les autres DOM une prise en charge par la Sécurité sociale d’une quotte part des charges sociales. « Nos retraites s’en trouvent imputées de 40% ».

Un pont d’or pour attirer les blouses blanches

Du côté des médecins hospitaliers, jusqu’à présent, la part indexée des salaires n’était imposée qu’à hauteur de 10%, elle va l’être sur la totalité avec l’arrivée de la fiscalité de droit commun. Ce qui explique la soudaine levée de boucliers. Ils demandent également l’aide à l’installation dont bénéficie toute zone de désert médical, ainsi qu’un abattement fiscal de 30% « comme à La Réunion ».

Pour Jean Véron, directeur de la Caisse de Sécurité sociale (CSSM), la Convention médicale est bien appliquée à Mayotte, « puisque le tarif de la consultation spécialisée est de 27,60€ au lieu de 23€ en métropole ». « C’est un minimum ! » clame le Syndicat des médecins.
Le docteur Patrice Guira qui préside le Conseil de l’Ordre des médecins, brosse de son côté un tableau budgétaire ahurissant : « pour combler le manque de 65 médecins hospitaliers, 297 contrats ont été signés en 2012, dont 212 pour un mois tout frais payés par l’État ! » Allers-retours en avion, hôtels etc… « Un budget conséquent qui ne fait pas évoluer la carte sanitaire à Mayotte ».

Deux départs de médecins sont actés, quelque soit l’issue du mouvement, « mais nous nous battons pour la défense de la médecine libérale à Mayotte. Nous sommes en insécurité sanitaire, et il n’est pas exclu que d’autres professions médicales rejoignent notre mouvement » conclut Abdeli Ouadah. Jean Véron de son côté rapporte « un accueil positif de la revendication » au ministère des Affaires sociales et à la Caisse d’Assurance Maladie qu’il a rencontrés jeudi matin: « ils cherchent le dispositif juridique le plus approprié ».
Un directeur de la Sécurité sociale qui sera sur la brèche dès ce lundi puisque les médecins entendent le rencontrer à 10h dans le cadre de leur mouvement.
A.P-L.

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